jeudi 12 février 2015

Le Harcèlement à L'école




Une journée pour lutter contre le harcèlement à l'école promise vendredi par la ministre de l'éducation  nationale. Un enfant sur 10 en primaire, un peu moins au collège et au lycée, mais parfois de façon plus grave, seraient victime aujourd'hui de harcèlement à l'école. Harcèlement physique ou moral ou sexiste. Et face à ces humiliations quotidiennes, souvent la seule réponse reste  le silence. Le silence pour se protéger des représailles ou pour protéger sa famille. Le silence parce qu'on se dit que cela ne va pas durer que ça ne peut pas durer. Des brimades et des violences subies sans répit car avant, rentré à la maison était la promesse de trouver un refuge. Aujourd'hui nul havre de paix : des SMS et des messages sur réseaux sociaux les poursuivent à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Alors, quels sont les signes à ne pas négliger pour repérer les enfants victimes de harcèlement ? Comment être à leur écoute ? Les aider à sortir de leur silence quand on est parent, enseignant au surveillant ? Et comment ensuite évidemment stopper l'engrenage ? Comment aussi détecter les enfants harceleur ? Qui sont-ils ? Comment leur parler ? Comment éventuellement les sanctionner ?

Pour répondre à vos questions, les invités ce soir :

  • AndreaRawlins-Gaston, coréalisatrice du film Souffre-douleurs, ils se manifestent.
  • Hélène Molière, psychanalyste. Auteure de Harcelé-harceleur.
  • Eric Debarbieux, délégué ministériel à la prévention et à la lutte contre les violences à l’école.


Hélène Jouan : Andrea vous êtes coréalisatrice du film Souffre-douleurs le, ils se manifestent, diffusé mardi 10 février à 22:25 sur France 2. C'est un documentaire qui débouche sur un manifeste qui est mis en ligne sur la plate-forme numérique de France Télévision que parents, enfants, éducateurs peuvent signer pour s'élever contre ce fléau. C'est un véritable documentaire coup de poing. On va avoir évidemment l'occasion d'en reparler.

Andrea Rawlins-Gaston : c'est que les victimes de harcèlement et les parents qui peuvent signer ce manifeste.

Hélène Jouan : Hélène Molière bonsoir vous êtes psychanalystes, auteur du livre harcelé harceleur, une histoire de souffrance et de silence. Harceleur harcelé c'est évidemment à un couple intéressant. On va avoir l'occasion d'en reparler.

Éric Debarbieux, bonsoir. Vous êtes délégués ministériels à la prévention et à la lutte contre les violences à l'école, professeur également en sciences de l'éducation. Vous suivez ces problèmes de harcèlement à l'école depuis plus de 25 ans. Et votre fonction montre que les pouvoirs publics ont pris la mesure de ce fléau et on va parler avec vous des façons dont on peut combattre ce harcèlement à l'école.

Témoignage: C'était plusieurs fois par jour à l'école. J'étais grosse, moche. Ça se passait dans le hall de la cour, dans les couloirs, à la cantine, dès que j'arrivais. J'avais tous les regards sur moi. J'avais l'impression d'être un monstre.

Hélène Jouan : on vient d'entendre un extrait du documentaire de Andrea Rawlins-Gaston. Tout de suite, on est en ligne avec Christine qui nous appelle de la Drôme. Bonsoir Christine.

Christine : Cet'est juste un témoignage. Donc je suis maman, j'ai une petite fille qui a fait l'objet de harcèlement. Les professeurs ont vu son comportement changer. Et nous avons eu la chance que une professeur lui a tendu la main, lui a donné l'opportunité d'exprimer ce qui lui arrivait devant toute la classe, toute la classe qui avait remarqué mais personne ne disait rien. La prof a donc donné l'opportunité de s'exprimer et a ensuite fait parler la classe et il y a eu des sanctions d'ailleurs contre les deux enfants qui l'harcelaient. Ils faisaient parti de la classe. Toute la classe était au courant mais personne ne bougeait. Donc si vous voulez la prof lui a donné l'opportunité de s'exprimer devant la classe entière. Elle a eu le courage de le faire et elle est sortie grandie de cette histoire parce que du coup ça lui a donné une place où elle n'était plus le harcelé. Cela lui a donné une place plus importante qu'elle aurait eue autrement. Et puis, il s'est trouvé que l'année suivante dans la même classe, un estcenouvelle élève arrive. La c'était un garçon, par contre, hélas c'était un harcèlement physique. Donc il se faisait salir ses habits, frapper. Et personne ne bouge. Et ma fille me raconte ce qui lui arrive. Et comme j'étais parent élu, j'arrive au conseil de classe, et j'expose le problème de ce gamin. Et on me dit, mais pourquoi il ne se plaint pas ? Mais vous voulez qu'ils se plaignent à qui ? Il connait personne. Si personne lui tend la main, c'est pas lui qui viendra vous chercher. Il osait pas le dire à ses parents. Personne ne tendait la main au gamin. Ils me disent : mais est-ce que c'est vrai ce que vous racontez ? Eh bien à côté, il y a des enfants délégués qui sont la, donc ils ont interrogé les enfants élus, qui ont confirmé. Et les profs se sont mis à parler en disant, oui c'est vrai l'autre jour on a remarqué. Il avait des marques sur le visage. En fait tout le monde avait remarqué quelque chose mais personne…

Hélène Juan : mais personne n'avait pris la mesure et n'avait tendu la main comme à cet enfant, c'est bien ça ?

Christine : voilà c'est ça. Et donc, suite à ce conseil de classe, ils ont dit aux délégués la prochaine fois que ça se passe, puisque les profs ne voient rien, appelez-nous, on vous nomme responsables. Et deux jours plus tard il y a eu un incident. Donc si vous voulez il a fallu une intervention extérieure. Ce qui est vraiment important, c'est que les profs prennent la mesure de ça, qu'ils se parlent entre eux. Parce qu'ils avaient tous remarqué quelque chose un moment ou à un autre, et si ils en avaient parlé… Il y a rien de plus important à ce moment-là que de tendre la main au gamin, et de le croire. D'entendre ce qu'il a à dire, et vérifier évidemment, et c'est pas des histoires. C'est des choses qui finalement ne paraissent pas graves. Prise isolément ce n'est pas grave, mais si ça se répète tout le temps, c'est des gamins qui sont déstructurés, qui perdent toute leur estime de soi.

Hélène Juan : merci, merci pour ce témoignage. Éric Debarbieux, alors l'histoire à bien commencé parce qu'elle nous raconte que c'est une prof finalement qui a aidé sa fille à prendre la parole et du coup à en parler devant la classe et puis elle se termine moins bien et la morale si je puis dire de l'histoire c'est qu'il faut toujours que les profs, c'est ce qu'elle dit, qu'une équipe pédagogique se parle.


Éric Debarbieux : mais je pense que, cette histoire, effectivement, elle est très symptomatique de ce qu'il se passe. C'est-à-dire à la fois, c'est des violences qui sont pas forcément très spectaculaires. C'est pas forcément des choses telles qu'on a voulu voir la violence à l'école comme des faits obligatoirement inclusifs et auquel on pensait comme au shooting dans les écoles des États-Unis. Non ce sont des violences qui sont apparemment pas très graves et qu'on a tendance à sous-estimer quand on est adulte. Pas seulement les profs, les adultes en général. Et on a souvent l'impression que… Bon tu n'as qu'à t'endurcir et ça ira mieux. On a l'impression qu'il faut laisser le temps un petit peu passé et que ça ira mieux. Or ce n'est pas vrai. Ce qu'on sait le mieux sur le harcèlement, c'est que effectivement, si on n'en parle pas ça ne s'arrêtera pas. S'il n'y a pas de lui la main tendue, ça ne s'arrêtera pas. Vous savez, c'est Boris Siruni qui dit quelque chose de très juste sur la résidence. La résidence c'est la capacité de rester le visage face à l'air quand on est dans un torrent, mais dit aussi que pour sortir du torrent on a besoin de cette main tendue. Et s'assurer que c'est ce qui est la mobilisation devienne obligatoire dans la loi. Des équipes enseignantes, des équipes de parents, et simplement n'importe quel adulte et aussi et c'est très intéressant, ce témoignage, non pas d'élèves qui prennent la place des adultes mais aussi des élèves qui se font parfois cette main tendue. Il  faut des lanceurs d'alerte. Il ne s'agit pas de dire, les témoins vont être des balances. Il ne s'agit pas de dire, bon les témoins, on va leur dire : joue le rôle de la balance… Et du coup ils vont avoir peur de ce rôle, avec les conséquences que cela peut avoir. Non c'est plutôt de dire que c'est pas normal. De dire que moi, oui, je n'admets pas non plus que quelqu'un fasse souffrir un enfant comme ça, même si ce sont pour des choses qui apparemment ne sont sans intérêt. Il a fallu tellement de temps en France pour se rendre compte que le cumul et la répétitivité de ces violences avaient des conséquences parfois dramatiques sur les victimes.

Hélène Juan : Christine, vous voulez intervenir.

Christine: oui, je voulais ajouter un petit détail qui est important à mon avis. C'est que dans le cas de ma fille c'était une bonne élève avant les faits, et c'est un autre enfant qui a averti un prof. L'autre gamin, il est arrivé dans la classe avec cinq de moyenne et c'était un cas perdu.

Hélène Juan : ce que vous voulez dire c'est qu'on ne prête pas la même attention aux enfants…

Christine: voilà. Qu'on ne prête pas la même attention à tous les enfants... parce que c'était les mêmes profs et ils n'ont pas du tout eu la même approche et je pense que c'était aussi lié à ce qu’ils renvoyaient, eux les enfants, dans leurs résultats scolaires. Et je pense qu'il faut écouter tout le monde.

Hélène Juan : Merci. Oui, Hélène Molière?

Hélène Molière : Oui, c'est important de préciser qu'il n'y a pas de profil type de harcelé ou de harceleur. Parce que, on entend bien, là il y a le premier de la classe ou l'autre enfant qui peut être lent ou peut être incompris. Donc en fait on se rend compte que le harcèlement est déclenché à partir d'un prétexte. C'est une victime aléatoire.

Hélène Juan : lui, sauf ce que nous dit Christine sait que dans un cas on va réagir et dans d'autres ont réagi moins.

Hélène Molière : pas forcément. Là, elle a trouvé une personne à l'écoute. C'est ce qu'on disait, donc il faut quelqu'un qui soit intéressé à ce qu'il fait et un autre pour entendre. On voit bien que les élèves finalement vont intervenir parce que l'adulte a quand même pris le parti, et c'est très important parce que à cet âge-là on n'est pas encore tout à fait forcément structuré. Et on veut faire partie du groupe, on veut s'intégrer à ceux de son âge. La famille, les adultes, oui. Mais là on est en train de jouer sa place dans la société, dans ceux de notre génération. Et c'est là qu'on est fragile, et c'est là qu'on peut avoir peur d'intervenir. Alors c'est facile de dire qu'il faut intervenir, de leur faire un cours de morale. On peut donc dire : il faut intervenir. Ils diront "oui, oui." C'est beaucoup plus difficile est beaucoup plus insidieux.

Hélène Juan : Andrea Rawlins-Gaston, on voit bien dans votre film qu'il n'y a pas de profil type pour les harceleurs ou les harcelés… Tout le monde à un moment donné peut être victime

Andrea Rawlins-Gaston : oui effectivement, les profils sont très divers.

[...]

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