vendredi 13 février 2015

La Reconversion Profesionnelle




Tout larguer sans savoir où on va ! Ce n’est sans doute pas la meilleure façon de faire quand on veut changer de vie, mais ça nous a tous traversé l’esprit un jour ou l’autre.

Et si je quittais mon entreprise, mon chef, mes horaires de boulot harassants, pour vivre autrement :  travailler de mes mains, produire du concret et parfois même du beau, gérer mon temps et pourquoi pas vivre à la campagne ?

Souvent, mais pas toujours, il faut un élément déclencheur pour assumer un choix aussi radical, ça peut-être un burn-out ou encore un plan social. Alors, hôtesse de l’air devenue guide dans les parcs naturels, directeur de marketing changé en cuistot, commercial reconverti en tailleur de pierre ou informaticienne se découvrant une passion pour la boulangerie… Vous êtes de plus en plus nombreux à assumer ce qu’on appelle savamment « une bifurcation biographique ».

Mais, alors, comment préparer son changement de vie ? A quoi faut-il prêt à renoncer ? Sur qui compter et comment être sûr de ne pas se tromper ?

Bienvenu à tous. Pour répondre à vos questions, nos invités ce soir.

Nathalie Sarouille, vous êtes ex-chercheuse en biologie-informatique aujourd'hui reconvertie dans les produits Bio-made-in-France, vous allez évidemment nous raconter votre parcours.

Jean-Philippe Magnen, vous étiez vice président du conseil régional de la Loire qui a quitté la politique. Vous allez nous expliquer évidemment les raisons de ce choix.

Isabelle Bui, de la plate-forme Cap Cohérence, réseau de spécialistes dédié à la reconversion professionnelle, vous allez nous expliquer comment vous aidez les gens quand il songe à changer de vie.

Deborah Castelin, fondatrice de Startisanat (par téléphone). Alors vous vous proposez des stages en immersion pour ce qui ont envie de se lancer dans les métiers de l'artisanat. Et a priori ils sont assez nombreux, ces gens qui quittent des métiers de dire intellectuelle pour faire quelque chose de leurs mains.

Yves Barou, Président de l’AFPA, l' Association nationale pour la formation professionnelle des adultes.

Bonsoir Estelle. Alors vous étiez cadres commercial il y a quelques années.

Estelle : oui, j'avais fait une école de commerce. J'étais commercial dans l'agroalimentaire pendant 15 années. Je vendais aux centrales d'achats dans la grande distribution. Et suite à une restructuration, j'ai négocié mon départ il y a cinq ans. J'ai passé mon CAP de boulanger en reconversion et j'ai ouvert une boulangerie dans le 16e à Paris il y a quatre ans.

Hélène Jouan : devenir boulangère, c'était un rêve de petite fille ?

Estelle : non, c'est un peu plus compliqué que ça quand même. En tant que petits commerçants, j'ai toujours vécu dans le service de proximité. Et en me retrouvant dans des grandes structures, j'ai appris énormément de choses qui me servent aujourd'hui. Ça je voulais vraiment le dire parce que changer c'est pas oublier ce qu'on a fait, ces en tirer les avantages en fait par rapport justement aux gens qui n'ont pas eu cette chance de vivre autre chose avant.

Hélène Jouan: savoir un peu les atouts qu'on a dès le départ, savoir comment peut se transformer pour faire autre chose, c'est ça ?

Estelle : oui, on a une autre vision des métiers traditionnel et du coup je pense que ça apporte à ses métiers.

Hélène Jouan : et pourquoi est-ce que vous avez eu envie de changer d'entreprise alors que vous aviez une bonne situation, comme on dit, pour vous lancer dans votre entreprise. Ça ne doit pas être simple de faire le saut. 
    
Estelle : non la soupe n'était pas du tout mauvaise avant, mais il y avait pas mal de petites frustrations au quotidien et j'avais envie de faire quelque chose où vous j'étais 100 % moi-même et pouvoir… Tout ce que je vends aujourd'hui, je le mange, ça n'a pas toujours été le cas. Mais c'était important pour ma reconversion, de pouvoir regarder les gens dans les yeux quand je leur proposais quelque chose. Ils ont le droit de ne pas aimer, mais je leurs vends honnêtement en tout cas.

Hélène Jouan: mais ça veut dire que c'est aussi un choix éthique d'une certaine façon ?

Estelle : c'est pour être en adéquation avec soi-même. On travaille assez, j'ai pendant 15 ans fait des choses qui m'ont vraiment intéressées, qui m'ont vraiment transformées et où j'ai appris des choses et je m'en sers aujourd'hui. J'ai appris qu'il fallait avoir une offre bien précise dans son magasin qu'on trouve pas ailleurs pour attirer certaines personnes. Ça c'est parce que j'ai travaillé chez les assortiments des enseignes. Donc au quotidien je m'en sers. Maintenant je croyais pas toujours en ce que faisait. Aujourd'hui je crois en ce que je fais.

Hélène Jouan : c'est ça la vraie joie de votre vie, la vraie satisfaction?

Estelle : Oui. C'est ça le vrai moteur.

Hélène Jouan: et les difficultés, quand même, que vous avez rencontrées?

Estelle : oui, c'est très nécrophage. Le travail sept jours sur sept. Je gagne beaucoup moins d'argent. Parce que j'ai eu plein de choses à rembourser. Bon parce que c'est des métiers de main-d'œuvre donc qui dit main-d'œuvre dit embaucher des gens. Donc il y a quand même tout un stress inhérent à la lourdeur logistique et administrative des entreprises en France. Mais malgré tout, s'il fallait recommencer, je referais la même chose.

Hélène Jouan : et pour finir, un conseil pour les gens qui seraient tentés de se lancer ?

Estelle : le premier conseil à donner c'est de trouver quelque chose qui vous correspond vraiment et le faire de façon professionnelle. Il faut vraiment s'intéresser aux métiers. Il faut vraiment une démarche professionnelle. Il faut vraiment voir l'aspect financier, les aspects produits, toutes les facettes de l'entreprise.

Hélène Jouan: Ça veut dire que ça prend beaucoup de temps avant de se préparer, il faut vraiment bien préparer son affaire ?

Estelle : oui, et en France, justement on a le temps de pouvoir se reconvertir quand on est salarié, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays. Il y a plein de formations pour les adultes. J'ai fait un stage de CAP pour adultes en trois mois et ça m'a suffi. Ça m'a suffi pour comprendre le métier il faut vraiment se renseigner au maximum. Il y a des structures aujourd'hui qui permettent de le faire.

Hélène Jouan : merci beaucoup pour ce témoignage. Yves Barou, je le disais en présentant, vous êtes le président de l'AFPA, cette association qui gère la formation professionnelle pour les adultes. Donc dans le témoignage Estelle, il y a un peu tout. Il faut évidemment bien préparer son projet. Et elle le disait on a quand même la chance qu'en France il y a un cadre de formations possibles.

Yves Barou : tout à fait, l'AFPA forme 130 000 personnes par an. Ce qu'on met en avant c'est que chacun a le droit à plusieurs vies professionnelles. C'est comme dans les jeux vidéo, vous avez plusieurs vies. Il faut en profiter. Chacun ne peut pas vivre totalement de sa passion, mais je crois que chacun peut trouver un plaisir de ce qu'il est. Moi je rencontre dans les centres, chaque jour, des gens passionnants. Quelqu'un qui travaillait dans le BTP, avec un mal de dos, qui est devenu technicien. Un jeune sans qualification qui a trouvé sa voie dans la maintenance. L'autre jour, j'ai rencontré quelqu'un qui était en train de préparer un cassoulet, il faisait une reconversion en cuisine. Il y a des l'histoires fantastiques. Il y a une mosaïque de métiers. Je crois que ce témoignage met d'emblée la notion essentielle: c'est possible, on peut y trouver du plaisir. Et les enquêtes montrent que tout ce qui le font en sont plus épanouis. 60 % des gens ont déjà changé de vie professionnelle, donc c'est pas une minorité. C'est pas un phénomène ponctuel. Ça arrive à beaucoup de gens, parfois c'est contraint, parfois c'est choisi. Dans presque tous les cas, 80 % d'après les enquêtes, l'équilibre de vie et meilleur après.

Hélène Jouan : quels sont les outils que vous mettez à disposition des personnes qui souhaitent changer de voie professionnelle notamment ?

Yves Barou : la première chose c'est d'aider les gens à trouver leur itinéraire de formation. Pour ça il faut les aider à découvrir les métiers. C'est pas si facile vous savez. Il y a une chose extraordinaire en France, ça s'appelle la valorisation des expériences professionnelles. Ça permet à quelqu'un qui a déjà fait d'autres métiers, qui a acquis des compétences, de voir si elles sont transposables. Et puis une formation qui sur le papier fera 210 heures, on dira, pour vous, en prenant en compte que vous avez fait, ça fera une centaine d'heures. Donc ça rend les choses plus accessibles. Il y a souvent besoin de formation, mais on ne repart pas de zéro parce qu'on a appris beaucoup de choses dans les expériences professionnelles précédentes. Donc la première chose, c'est d'abord une bonne orientation, de trouver le bon itinéraire de formation, de ne pas refaire ce qu'on a déjà fait. De viser juste. C'est plus rapide. Ça coûte moins cher. Pousser la porte d'un centre AFPA, ou aller sur le site Internet, vous avez pleins de conseils. Il y a aussi d'autres organisations qui sont là pour vous aider. Mais je crois qu'il faut oser parce que beaucoup de gens le font et beaucoup de gens réussissent. L'orientation, j'insiste, c'est le plus important. Le pire, ça serait de faire une formation pour s'apercevoir après que c'est pas ce qu'on voulait faire.

Hélène Jouan : alors comment ça se passe pour trouver la bonne orientation, Isabelle Bui. Vous vous aidez les gens qui poussent la porte et qui vous disent, moi j'aimerais bien changer de métier.

Isabelle Bui : oui, tout à fait. Il y a des gens parfois qui ont un mal-être. Qui sont notre relais qui se sent plus la. Qui sont en entreprise et qui se sentent plus bien et qui se disent moi je veux changer je n'en peux plus. Et puis parfois c'est la page blanche. Et puis parfois, ils disent, voilà j'ai des idées mais je sais pas trop comment m'y prendre. Est-ce que c'est les bonnes, etc. Il y a une notion importante qu'Estelle mentionnait, c'est d'une part, les gens ne repartent jamais de zéro. Il y a des choses qu'on a fait, il faut en prendre conscience, parce que ça peut servir. Et après tout construire son projet. Et construire son projet avant la formation qui est derrière, c'est vraiment se poser les bonnes questions sur de quoi j'ai envie, qu'est-ce que je veux garder de ma situation, qu'est-ce que je ne veux plus, se questionner sur soi, sur qui on est. Et de vraiment prendre contact avec soi et son projet, parce que c'est pas uniquement un projet professionnel. Donc voilà. On accompagne les personnes dans ce questionnement. On permet aux gens de découvrir ça et de construire leur projet, parce que l'intérêt, c'est d'abord un cap. Quand on a un cap, c'est plus facile de s'engager. Et de s'assurer que le cap est cohérent. C'est trouvé quelque chose qui correspond à 100 %.

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