vendredi 13 février 2015

La Reconversion Profesionnelle




Tout larguer sans savoir où on va ! Ce n’est sans doute pas la meilleure façon de faire quand on veut changer de vie, mais ça nous a tous traversé l’esprit un jour ou l’autre.

Et si je quittais mon entreprise, mon chef, mes horaires de boulot harassants, pour vivre autrement :  travailler de mes mains, produire du concret et parfois même du beau, gérer mon temps et pourquoi pas vivre à la campagne ?

Souvent, mais pas toujours, il faut un élément déclencheur pour assumer un choix aussi radical, ça peut-être un burn-out ou encore un plan social. Alors, hôtesse de l’air devenue guide dans les parcs naturels, directeur de marketing changé en cuistot, commercial reconverti en tailleur de pierre ou informaticienne se découvrant une passion pour la boulangerie… Vous êtes de plus en plus nombreux à assumer ce qu’on appelle savamment « une bifurcation biographique ».

Mais, alors, comment préparer son changement de vie ? A quoi faut-il prêt à renoncer ? Sur qui compter et comment être sûr de ne pas se tromper ?

Bienvenu à tous. Pour répondre à vos questions, nos invités ce soir.

Nathalie Sarouille, vous êtes ex-chercheuse en biologie-informatique aujourd'hui reconvertie dans les produits Bio-made-in-France, vous allez évidemment nous raconter votre parcours.

Jean-Philippe Magnen, vous étiez vice président du conseil régional de la Loire qui a quitté la politique. Vous allez nous expliquer évidemment les raisons de ce choix.

Isabelle Bui, de la plate-forme Cap Cohérence, réseau de spécialistes dédié à la reconversion professionnelle, vous allez nous expliquer comment vous aidez les gens quand il songe à changer de vie.

Deborah Castelin, fondatrice de Startisanat (par téléphone). Alors vous vous proposez des stages en immersion pour ce qui ont envie de se lancer dans les métiers de l'artisanat. Et a priori ils sont assez nombreux, ces gens qui quittent des métiers de dire intellectuelle pour faire quelque chose de leurs mains.

Yves Barou, Président de l’AFPA, l' Association nationale pour la formation professionnelle des adultes.

Bonsoir Estelle. Alors vous étiez cadres commercial il y a quelques années.

Estelle : oui, j'avais fait une école de commerce. J'étais commercial dans l'agroalimentaire pendant 15 années. Je vendais aux centrales d'achats dans la grande distribution. Et suite à une restructuration, j'ai négocié mon départ il y a cinq ans. J'ai passé mon CAP de boulanger en reconversion et j'ai ouvert une boulangerie dans le 16e à Paris il y a quatre ans.

Hélène Jouan : devenir boulangère, c'était un rêve de petite fille ?

Estelle : non, c'est un peu plus compliqué que ça quand même. En tant que petits commerçants, j'ai toujours vécu dans le service de proximité. Et en me retrouvant dans des grandes structures, j'ai appris énormément de choses qui me servent aujourd'hui. Ça je voulais vraiment le dire parce que changer c'est pas oublier ce qu'on a fait, ces en tirer les avantages en fait par rapport justement aux gens qui n'ont pas eu cette chance de vivre autre chose avant.

Hélène Jouan: savoir un peu les atouts qu'on a dès le départ, savoir comment peut se transformer pour faire autre chose, c'est ça ?

Estelle : oui, on a une autre vision des métiers traditionnel et du coup je pense que ça apporte à ses métiers.

Hélène Jouan : et pourquoi est-ce que vous avez eu envie de changer d'entreprise alors que vous aviez une bonne situation, comme on dit, pour vous lancer dans votre entreprise. Ça ne doit pas être simple de faire le saut. 
    
Estelle : non la soupe n'était pas du tout mauvaise avant, mais il y avait pas mal de petites frustrations au quotidien et j'avais envie de faire quelque chose où vous j'étais 100 % moi-même et pouvoir… Tout ce que je vends aujourd'hui, je le mange, ça n'a pas toujours été le cas. Mais c'était important pour ma reconversion, de pouvoir regarder les gens dans les yeux quand je leur proposais quelque chose. Ils ont le droit de ne pas aimer, mais je leurs vends honnêtement en tout cas.

Hélène Jouan: mais ça veut dire que c'est aussi un choix éthique d'une certaine façon ?

Estelle : c'est pour être en adéquation avec soi-même. On travaille assez, j'ai pendant 15 ans fait des choses qui m'ont vraiment intéressées, qui m'ont vraiment transformées et où j'ai appris des choses et je m'en sers aujourd'hui. J'ai appris qu'il fallait avoir une offre bien précise dans son magasin qu'on trouve pas ailleurs pour attirer certaines personnes. Ça c'est parce que j'ai travaillé chez les assortiments des enseignes. Donc au quotidien je m'en sers. Maintenant je croyais pas toujours en ce que faisait. Aujourd'hui je crois en ce que je fais.

Hélène Jouan : c'est ça la vraie joie de votre vie, la vraie satisfaction?

Estelle : Oui. C'est ça le vrai moteur.

Hélène Jouan: et les difficultés, quand même, que vous avez rencontrées?

Estelle : oui, c'est très nécrophage. Le travail sept jours sur sept. Je gagne beaucoup moins d'argent. Parce que j'ai eu plein de choses à rembourser. Bon parce que c'est des métiers de main-d'œuvre donc qui dit main-d'œuvre dit embaucher des gens. Donc il y a quand même tout un stress inhérent à la lourdeur logistique et administrative des entreprises en France. Mais malgré tout, s'il fallait recommencer, je referais la même chose.

Hélène Jouan : et pour finir, un conseil pour les gens qui seraient tentés de se lancer ?

Estelle : le premier conseil à donner c'est de trouver quelque chose qui vous correspond vraiment et le faire de façon professionnelle. Il faut vraiment s'intéresser aux métiers. Il faut vraiment une démarche professionnelle. Il faut vraiment voir l'aspect financier, les aspects produits, toutes les facettes de l'entreprise.

Hélène Jouan: Ça veut dire que ça prend beaucoup de temps avant de se préparer, il faut vraiment bien préparer son affaire ?

Estelle : oui, et en France, justement on a le temps de pouvoir se reconvertir quand on est salarié, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays. Il y a plein de formations pour les adultes. J'ai fait un stage de CAP pour adultes en trois mois et ça m'a suffi. Ça m'a suffi pour comprendre le métier il faut vraiment se renseigner au maximum. Il y a des structures aujourd'hui qui permettent de le faire.

Hélène Jouan : merci beaucoup pour ce témoignage. Yves Barou, je le disais en présentant, vous êtes le président de l'AFPA, cette association qui gère la formation professionnelle pour les adultes. Donc dans le témoignage Estelle, il y a un peu tout. Il faut évidemment bien préparer son projet. Et elle le disait on a quand même la chance qu'en France il y a un cadre de formations possibles.

Yves Barou : tout à fait, l'AFPA forme 130 000 personnes par an. Ce qu'on met en avant c'est que chacun a le droit à plusieurs vies professionnelles. C'est comme dans les jeux vidéo, vous avez plusieurs vies. Il faut en profiter. Chacun ne peut pas vivre totalement de sa passion, mais je crois que chacun peut trouver un plaisir de ce qu'il est. Moi je rencontre dans les centres, chaque jour, des gens passionnants. Quelqu'un qui travaillait dans le BTP, avec un mal de dos, qui est devenu technicien. Un jeune sans qualification qui a trouvé sa voie dans la maintenance. L'autre jour, j'ai rencontré quelqu'un qui était en train de préparer un cassoulet, il faisait une reconversion en cuisine. Il y a des l'histoires fantastiques. Il y a une mosaïque de métiers. Je crois que ce témoignage met d'emblée la notion essentielle: c'est possible, on peut y trouver du plaisir. Et les enquêtes montrent que tout ce qui le font en sont plus épanouis. 60 % des gens ont déjà changé de vie professionnelle, donc c'est pas une minorité. C'est pas un phénomène ponctuel. Ça arrive à beaucoup de gens, parfois c'est contraint, parfois c'est choisi. Dans presque tous les cas, 80 % d'après les enquêtes, l'équilibre de vie et meilleur après.

Hélène Jouan : quels sont les outils que vous mettez à disposition des personnes qui souhaitent changer de voie professionnelle notamment ?

Yves Barou : la première chose c'est d'aider les gens à trouver leur itinéraire de formation. Pour ça il faut les aider à découvrir les métiers. C'est pas si facile vous savez. Il y a une chose extraordinaire en France, ça s'appelle la valorisation des expériences professionnelles. Ça permet à quelqu'un qui a déjà fait d'autres métiers, qui a acquis des compétences, de voir si elles sont transposables. Et puis une formation qui sur le papier fera 210 heures, on dira, pour vous, en prenant en compte que vous avez fait, ça fera une centaine d'heures. Donc ça rend les choses plus accessibles. Il y a souvent besoin de formation, mais on ne repart pas de zéro parce qu'on a appris beaucoup de choses dans les expériences professionnelles précédentes. Donc la première chose, c'est d'abord une bonne orientation, de trouver le bon itinéraire de formation, de ne pas refaire ce qu'on a déjà fait. De viser juste. C'est plus rapide. Ça coûte moins cher. Pousser la porte d'un centre AFPA, ou aller sur le site Internet, vous avez pleins de conseils. Il y a aussi d'autres organisations qui sont là pour vous aider. Mais je crois qu'il faut oser parce que beaucoup de gens le font et beaucoup de gens réussissent. L'orientation, j'insiste, c'est le plus important. Le pire, ça serait de faire une formation pour s'apercevoir après que c'est pas ce qu'on voulait faire.

Hélène Jouan : alors comment ça se passe pour trouver la bonne orientation, Isabelle Bui. Vous vous aidez les gens qui poussent la porte et qui vous disent, moi j'aimerais bien changer de métier.

Isabelle Bui : oui, tout à fait. Il y a des gens parfois qui ont un mal-être. Qui sont notre relais qui se sent plus la. Qui sont en entreprise et qui se sentent plus bien et qui se disent moi je veux changer je n'en peux plus. Et puis parfois c'est la page blanche. Et puis parfois, ils disent, voilà j'ai des idées mais je sais pas trop comment m'y prendre. Est-ce que c'est les bonnes, etc. Il y a une notion importante qu'Estelle mentionnait, c'est d'une part, les gens ne repartent jamais de zéro. Il y a des choses qu'on a fait, il faut en prendre conscience, parce que ça peut servir. Et après tout construire son projet. Et construire son projet avant la formation qui est derrière, c'est vraiment se poser les bonnes questions sur de quoi j'ai envie, qu'est-ce que je veux garder de ma situation, qu'est-ce que je ne veux plus, se questionner sur soi, sur qui on est. Et de vraiment prendre contact avec soi et son projet, parce que c'est pas uniquement un projet professionnel. Donc voilà. On accompagne les personnes dans ce questionnement. On permet aux gens de découvrir ça et de construire leur projet, parce que l'intérêt, c'est d'abord un cap. Quand on a un cap, c'est plus facile de s'engager. Et de s'assurer que le cap est cohérent. C'est trouvé quelque chose qui correspond à 100 %.

[...]




jeudi 12 février 2015

Le Harcèlement à L'école




Une journée pour lutter contre le harcèlement à l'école promise vendredi par la ministre de l'éducation  nationale. Un enfant sur 10 en primaire, un peu moins au collège et au lycée, mais parfois de façon plus grave, seraient victime aujourd'hui de harcèlement à l'école. Harcèlement physique ou moral ou sexiste. Et face à ces humiliations quotidiennes, souvent la seule réponse reste  le silence. Le silence pour se protéger des représailles ou pour protéger sa famille. Le silence parce qu'on se dit que cela ne va pas durer que ça ne peut pas durer. Des brimades et des violences subies sans répit car avant, rentré à la maison était la promesse de trouver un refuge. Aujourd'hui nul havre de paix : des SMS et des messages sur réseaux sociaux les poursuivent à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Alors, quels sont les signes à ne pas négliger pour repérer les enfants victimes de harcèlement ? Comment être à leur écoute ? Les aider à sortir de leur silence quand on est parent, enseignant au surveillant ? Et comment ensuite évidemment stopper l'engrenage ? Comment aussi détecter les enfants harceleur ? Qui sont-ils ? Comment leur parler ? Comment éventuellement les sanctionner ?

Pour répondre à vos questions, les invités ce soir :

  • AndreaRawlins-Gaston, coréalisatrice du film Souffre-douleurs, ils se manifestent.
  • Hélène Molière, psychanalyste. Auteure de Harcelé-harceleur.
  • Eric Debarbieux, délégué ministériel à la prévention et à la lutte contre les violences à l’école.


Hélène Jouan : Andrea vous êtes coréalisatrice du film Souffre-douleurs le, ils se manifestent, diffusé mardi 10 février à 22:25 sur France 2. C'est un documentaire qui débouche sur un manifeste qui est mis en ligne sur la plate-forme numérique de France Télévision que parents, enfants, éducateurs peuvent signer pour s'élever contre ce fléau. C'est un véritable documentaire coup de poing. On va avoir évidemment l'occasion d'en reparler.

Andrea Rawlins-Gaston : c'est que les victimes de harcèlement et les parents qui peuvent signer ce manifeste.

Hélène Jouan : Hélène Molière bonsoir vous êtes psychanalystes, auteur du livre harcelé harceleur, une histoire de souffrance et de silence. Harceleur harcelé c'est évidemment à un couple intéressant. On va avoir l'occasion d'en reparler.

Éric Debarbieux, bonsoir. Vous êtes délégués ministériels à la prévention et à la lutte contre les violences à l'école, professeur également en sciences de l'éducation. Vous suivez ces problèmes de harcèlement à l'école depuis plus de 25 ans. Et votre fonction montre que les pouvoirs publics ont pris la mesure de ce fléau et on va parler avec vous des façons dont on peut combattre ce harcèlement à l'école.

Témoignage: C'était plusieurs fois par jour à l'école. J'étais grosse, moche. Ça se passait dans le hall de la cour, dans les couloirs, à la cantine, dès que j'arrivais. J'avais tous les regards sur moi. J'avais l'impression d'être un monstre.

Hélène Jouan : on vient d'entendre un extrait du documentaire de Andrea Rawlins-Gaston. Tout de suite, on est en ligne avec Christine qui nous appelle de la Drôme. Bonsoir Christine.

Christine : Cet'est juste un témoignage. Donc je suis maman, j'ai une petite fille qui a fait l'objet de harcèlement. Les professeurs ont vu son comportement changer. Et nous avons eu la chance que une professeur lui a tendu la main, lui a donné l'opportunité d'exprimer ce qui lui arrivait devant toute la classe, toute la classe qui avait remarqué mais personne ne disait rien. La prof a donc donné l'opportunité de s'exprimer et a ensuite fait parler la classe et il y a eu des sanctions d'ailleurs contre les deux enfants qui l'harcelaient. Ils faisaient parti de la classe. Toute la classe était au courant mais personne ne bougeait. Donc si vous voulez la prof lui a donné l'opportunité de s'exprimer devant la classe entière. Elle a eu le courage de le faire et elle est sortie grandie de cette histoire parce que du coup ça lui a donné une place où elle n'était plus le harcelé. Cela lui a donné une place plus importante qu'elle aurait eue autrement. Et puis, il s'est trouvé que l'année suivante dans la même classe, un estcenouvelle élève arrive. La c'était un garçon, par contre, hélas c'était un harcèlement physique. Donc il se faisait salir ses habits, frapper. Et personne ne bouge. Et ma fille me raconte ce qui lui arrive. Et comme j'étais parent élu, j'arrive au conseil de classe, et j'expose le problème de ce gamin. Et on me dit, mais pourquoi il ne se plaint pas ? Mais vous voulez qu'ils se plaignent à qui ? Il connait personne. Si personne lui tend la main, c'est pas lui qui viendra vous chercher. Il osait pas le dire à ses parents. Personne ne tendait la main au gamin. Ils me disent : mais est-ce que c'est vrai ce que vous racontez ? Eh bien à côté, il y a des enfants délégués qui sont la, donc ils ont interrogé les enfants élus, qui ont confirmé. Et les profs se sont mis à parler en disant, oui c'est vrai l'autre jour on a remarqué. Il avait des marques sur le visage. En fait tout le monde avait remarqué quelque chose mais personne…

Hélène Juan : mais personne n'avait pris la mesure et n'avait tendu la main comme à cet enfant, c'est bien ça ?

Christine : voilà c'est ça. Et donc, suite à ce conseil de classe, ils ont dit aux délégués la prochaine fois que ça se passe, puisque les profs ne voient rien, appelez-nous, on vous nomme responsables. Et deux jours plus tard il y a eu un incident. Donc si vous voulez il a fallu une intervention extérieure. Ce qui est vraiment important, c'est que les profs prennent la mesure de ça, qu'ils se parlent entre eux. Parce qu'ils avaient tous remarqué quelque chose un moment ou à un autre, et si ils en avaient parlé… Il y a rien de plus important à ce moment-là que de tendre la main au gamin, et de le croire. D'entendre ce qu'il a à dire, et vérifier évidemment, et c'est pas des histoires. C'est des choses qui finalement ne paraissent pas graves. Prise isolément ce n'est pas grave, mais si ça se répète tout le temps, c'est des gamins qui sont déstructurés, qui perdent toute leur estime de soi.

Hélène Juan : merci, merci pour ce témoignage. Éric Debarbieux, alors l'histoire à bien commencé parce qu'elle nous raconte que c'est une prof finalement qui a aidé sa fille à prendre la parole et du coup à en parler devant la classe et puis elle se termine moins bien et la morale si je puis dire de l'histoire c'est qu'il faut toujours que les profs, c'est ce qu'elle dit, qu'une équipe pédagogique se parle.


Éric Debarbieux : mais je pense que, cette histoire, effectivement, elle est très symptomatique de ce qu'il se passe. C'est-à-dire à la fois, c'est des violences qui sont pas forcément très spectaculaires. C'est pas forcément des choses telles qu'on a voulu voir la violence à l'école comme des faits obligatoirement inclusifs et auquel on pensait comme au shooting dans les écoles des États-Unis. Non ce sont des violences qui sont apparemment pas très graves et qu'on a tendance à sous-estimer quand on est adulte. Pas seulement les profs, les adultes en général. Et on a souvent l'impression que… Bon tu n'as qu'à t'endurcir et ça ira mieux. On a l'impression qu'il faut laisser le temps un petit peu passé et que ça ira mieux. Or ce n'est pas vrai. Ce qu'on sait le mieux sur le harcèlement, c'est que effectivement, si on n'en parle pas ça ne s'arrêtera pas. S'il n'y a pas de lui la main tendue, ça ne s'arrêtera pas. Vous savez, c'est Boris Siruni qui dit quelque chose de très juste sur la résidence. La résidence c'est la capacité de rester le visage face à l'air quand on est dans un torrent, mais dit aussi que pour sortir du torrent on a besoin de cette main tendue. Et s'assurer que c'est ce qui est la mobilisation devienne obligatoire dans la loi. Des équipes enseignantes, des équipes de parents, et simplement n'importe quel adulte et aussi et c'est très intéressant, ce témoignage, non pas d'élèves qui prennent la place des adultes mais aussi des élèves qui se font parfois cette main tendue. Il  faut des lanceurs d'alerte. Il ne s'agit pas de dire, les témoins vont être des balances. Il ne s'agit pas de dire, bon les témoins, on va leur dire : joue le rôle de la balance… Et du coup ils vont avoir peur de ce rôle, avec les conséquences que cela peut avoir. Non c'est plutôt de dire que c'est pas normal. De dire que moi, oui, je n'admets pas non plus que quelqu'un fasse souffrir un enfant comme ça, même si ce sont pour des choses qui apparemment ne sont sans intérêt. Il a fallu tellement de temps en France pour se rendre compte que le cumul et la répétitivité de ces violences avaient des conséquences parfois dramatiques sur les victimes.

Hélène Juan : Christine, vous voulez intervenir.

Christine: oui, je voulais ajouter un petit détail qui est important à mon avis. C'est que dans le cas de ma fille c'était une bonne élève avant les faits, et c'est un autre enfant qui a averti un prof. L'autre gamin, il est arrivé dans la classe avec cinq de moyenne et c'était un cas perdu.

Hélène Juan : ce que vous voulez dire c'est qu'on ne prête pas la même attention aux enfants…

Christine: voilà. Qu'on ne prête pas la même attention à tous les enfants... parce que c'était les mêmes profs et ils n'ont pas du tout eu la même approche et je pense que c'était aussi lié à ce qu’ils renvoyaient, eux les enfants, dans leurs résultats scolaires. Et je pense qu'il faut écouter tout le monde.

Hélène Juan : Merci. Oui, Hélène Molière?

Hélène Molière : Oui, c'est important de préciser qu'il n'y a pas de profil type de harcelé ou de harceleur. Parce que, on entend bien, là il y a le premier de la classe ou l'autre enfant qui peut être lent ou peut être incompris. Donc en fait on se rend compte que le harcèlement est déclenché à partir d'un prétexte. C'est une victime aléatoire.

Hélène Juan : lui, sauf ce que nous dit Christine sait que dans un cas on va réagir et dans d'autres ont réagi moins.

Hélène Molière : pas forcément. Là, elle a trouvé une personne à l'écoute. C'est ce qu'on disait, donc il faut quelqu'un qui soit intéressé à ce qu'il fait et un autre pour entendre. On voit bien que les élèves finalement vont intervenir parce que l'adulte a quand même pris le parti, et c'est très important parce que à cet âge-là on n'est pas encore tout à fait forcément structuré. Et on veut faire partie du groupe, on veut s'intégrer à ceux de son âge. La famille, les adultes, oui. Mais là on est en train de jouer sa place dans la société, dans ceux de notre génération. Et c'est là qu'on est fragile, et c'est là qu'on peut avoir peur d'intervenir. Alors c'est facile de dire qu'il faut intervenir, de leur faire un cours de morale. On peut donc dire : il faut intervenir. Ils diront "oui, oui." C'est beaucoup plus difficile est beaucoup plus insidieux.

Hélène Juan : Andrea Rawlins-Gaston, on voit bien dans votre film qu'il n'y a pas de profil type pour les harceleurs ou les harcelés… Tout le monde à un moment donné peut être victime

Andrea Rawlins-Gaston : oui effectivement, les profils sont très divers.

[...]

Écoutez la suite de cette émission.

samedi 5 avril 2014

Recherche fondamentale et appliquée: les 50 ans de l'INSERM en direct de la Sorbonne




Les 50 ans de l'INSERM en direct de la Sorbonne





Philippe Lefebvre: bonsoir, bienvenu au téléphone sonne en direct de la Sorbonne où toute la journée nous avons célébré les 50 ans de l'INSERM, Institut national de la santé et de la recherche médicale. L'INSERM qui est la première institution européenne de recherche publique biomédicale. En quelques chiffres;  c'est aujourd'hui 13500 chercheurs et techniciens répartis dans 289 unités de recherches. C'est aussi 2 prix Nobels: Jean Dausset en 1980 et Françoise Barré-Sinoussi en 2008. Ce soir, nous allons nous projeter dans l'avenir pour voir de quoi sera fait le quotidien de la médecine à la lumière de ce qu'on découvert, de ce que vont découvrir les chercheurs de l'ISERM. Trois d'entre eux nous ont fait le plaisir et l'honneur d'être avec nous ce soir:





Philippe Lefebvre: on va tout de suite rentrer dans le vif du sujet Anne Galy, il y a une question qui revient régulièrement. Quand on préparait cette émission, les gens disait, ils sont gentils ces chercheurs, mais tout ce qu'ils trouvent, ça arrive quand dans la vie quotidienne. Alors, par exemple, dans le domaine de la thérapie génique, est-ce que ca arrive vite?

Anne Galy: les thérapie génique, je vais quand même rappeler aux auditeurs de quoi il s'agit. C'est quand même une approche médicale qui est relativement nouvelle et expérimentale; et qui consiste à amener chez un individu des gènes ou des produits de gène pour leur activité spécifique pour avoir un effet thérapeutique sur ces individus. Donc, ce sont des approches expérimentales issues de nombreuses connaissances à la fois sur l'hérédité, la génétique, le génome et qu'on a pu mettre en application avec des premiers succès thérapeutiques il y a seulement 15 ans et pourtant des résultats tout à fait spectaculaires qui sont maintenant extrêmement encourageants. Donc c'est quand même effectivement une durée longue de passer des données fondamentales pour arriver chez le malade, et la route est encore longue pour vraiment amener cette thérapie, cette nouvelle forme de médecine, dans le contexte d'un médicament qui soit utilisable par les gens qui en ont besoin.

Philippe Lefebvre: justement on y reviendra tout à l'heure sur le battant entre la recherche, la découverte et l'utilisation parce qu'après il y a des circuits très longs d'homologation, d'autorisations et dans votre secteur s'est particulièrement compliqué. Christian Boitard, on a du mal à comprendre nous citoyens lambda que vous n'allez pas aussi que nous. On voudrait un médicament de façon instantané, mais vous il faut le temps pour mettre au point un médicament.

Christian Boitard: vous avez raison, mais ça a été dit par plusieurs orateurs dans ce colloque, on ne décrète pas l'innovation, on s'en donne les moyens. C'est quelque chose qui est très difficile à anticiper. Et souvent, ce qui va être un progrès médicale, ca vient de découvertes qui ont été faites dans des domaines qui n'étaient pas du tout ceux du champ d'application de ce progrès. Un exemple simple: quand vous regardez les progrès qui ont été fait dans le cardio-vasculaire, comment aujourd'hui avec une fibre optique on peut pénétrer dans une artère et la déboucher. Les cardiologues, que je sache, n'avait pas prédit qu'il fallait investir dans la fibre optique pour obtenir des résultats qui pourtant ont un impact en terme de santé tout à fait important. Aujourd'hui, la façon dont on prend quelqu'un qui fait un infarctus en clinique a été complètement changé en 20 ans.

Philippe Lefebvre: justement, il a fallu combien de temps pour que le cardiologue et le fabricant de fibre optique se retrouvent et mettent au point quelque chose qui fonctionne?

Christian Boitard: ca souligne en tout cas un point très important, c'est qu'il faut que les gens se parlent et que les gens des domaines très différents se parlent. Un autre aspect très important: on a toujours tendance à vouloir allez très vite, à vouloir faire une biologie directement appliquée avec un objectif alors qu'en réalité ce qui fait lit de ce qu'on va appeler la recherche translationelle ou la recherche clinique, c'est vraiment la recherche d'amont qu'on appelle aussi la recherche fondamentale dans laquelle on va générer du progrès, de la connaissance sans savoir quelle en sera l'application et très souvent d'ailleurs l'application n'en sera pas ce qu'on aurait pu prédire. Je pense que c'est vraiment important, à avoir en tête. Alors ça pourrait être décourageant de ce dire qu'il va falloir 20 ou 25 ans pour trouver une application. Mais en réalité, le progrès des connaissances sur les 30 dernières années a été totalement exponentiel. Donc les retombés sont aussi de plus en plus rapides d'une certaine façon mais là encore elles ne sont pas anticipables.

 Philippe Lefebvre: Mickael Tanter, justement vous dans l'imagerie médicale, la aussi ca va vite puisque les premiers échographes de nos grands parents et encore ils n'avaient pas forcement d'échographes dans les cliniques, mais ca a été très vite, on a maintenant quasiment de la 3D.

Mickael Tanter: oui, on arrive maintenant à de la 3D, la 4D en quelques secondes, on est capable de voir les mouvement du cœur et des valves en temps réel en 3D, et puis on passe aussi au concept de l'imagerie ultra rapide: au lieu de travailler à 50 images/s, on est maintenant capable d'aller à des cadences de plusieurs milliers d'images par seconde.

Philippe Lefebvre: Alors, ca change quoi? Expliquez nous comme à un enfant de 5 ce que ca peut changer d'avoir des images qui vont beaucoup plus vite.

Mickael Tanter: quand vous allez plus vite, vous êtes capable de voir les phénomène au ralentit. Vous pouvez voir des petites vibrations à l'intérieur de votre corps, vous pouvez voir le cœur qui se met qui se met en mouvement beaucoup plus lentement, vous pouvez essayer d'appréhender tout les phénomènes qui se passent à l'échelle de la milliseconde. Vous êtes capable de voir ce qui est invisible à l'œil nu. On commence a avoir en cadence ultra rapide l'invisible. Et l'invisible vous révèle plein de choses: des infos sur la dureté des tissues, les flux sanguin, l'activité électrique, etc. Donc c'est vraiment une révolution dans le domaine de l'imagerie.

Philippe Lefebvre: et là c'est des battants de combien de temps pour mettre au point un système, pour qu'on ait l'idée que peut-être il va se passer quelque chose; qu'on peut faire quelque chose et le moment où ca devient concret?

Mickael Tanter: ça c'est très intéressant parce que quand vous faites cette recherche fondamentale, vous vous mettez à travailler, il faut mettre au point plein de prototypes successif, il faut ensuite aller les essayer sur des patients avec eux, et essayer de les optimisez et montrer qu'il y a vrai intérêt clinique, et ensuite pour que ca arrive finalement chez le radiologue par exemple il va falloir 10-15 ans, et ca n'a pas changé depuis pas mal de temps. Je me rappelle l'histoire de Pierre et Marie Curie, lorsqu'ils avaient découvert le radium, il avait fallu au moins 15 ans avant de créer l'institut radium qui est devenu l'institut Curie. Donc il y a toujours eu un temps quand même assez long entre la recherche fondamentale et l'application clinique au lit du patient.

 Philippe Lefebvre: Anne Galy, est-ce que c'est pas terrible pour vous chercheurs, d'avoir cette pression et cette attente du grand publique. Et quelque part, ça pèse, non, quand on travail sur notamment les maladies rares, ce qui est votre cas, parce qu'on pense maladies rares, enfants, etc., il y a un peu de sensibilité exacerbée la dessus.

Anne Galy: c'est extrêmement stimulant et il y a effectivement 2 façons de faire de la recherche: la première, trouver des choses fondamentales pour le plaisir des connaissances mais il y a aussi cette recherche appliquée qui est important parce qu'en arrivant de l'autre coté des choses, de démontrer de ce qu'on a bien compris peut servir à quelque chose c'est un aspect extrêmement important et dans ce contexte là, de pouvoir appliquer, transformer des connaissances fondamentales en applications thérapeutiques et d'avoir la motivation, d'avoir des associations de patients, d'avoir des patients qui attendent et qui sont demandeurs d'accélérer ce traitement parce qu'ils n'ont pas d'autres options thérapeutiques, c'est extrêmement motivant pour un chercheur et ca donne une grande fierté dans ce qu'on fait .

Philippe Lefebvre: au standard, question de Pacome de Paris.

Pacome: par rapport aux nouvelles technologies, aux nanotechnologie, je sais qu'il y a dans les blanchisseurs ou les choses comme ça et qu'on commence à en voir dans les médicaments, est-ce qu'on a une idée sur les risques, qu'est-ce qu'il en est?

Philippe Lefebvre: alors, sur les risques mais aussi sur l'utilisation de ces nanotechnologies. On peut l'utiliser notamment dans l'imagerie médicale?

Mickael Tanter: oui, il y a beaucoup de projets en ce moment qui consistent à créer des nano sondes pour aller notamment dans le sang pour essayer de faire des analyses sur les globules, donc ce sont des projets un peu futuristes, mais il y a beaucoup d'intérêts à commencer à travailler sur ce genre d'approche. Bien sur il faut faire attention à l'impact de ces nanotechnologie sur la santé, mais le but de l'ISERM c'est justement d'essayer de guérir et non pas pour être dangereux. Donc il faut prendre en compte à la fois la nanotechnologie pour mieux soigner les patients mais aussi prendre en compte la possible toxicité des nanotechnologie ou nano-objets qu'on peut trouver dans la vie courante; dans lesquelles il n'y pas autant de régulation que dans la santé.